Dominique Blais

De la lumière, le silence interrompu

du 25 janvier au 5 mars 2017

En prenant comme point de départ le motif du mirador – c'est-à-dire un espace qui domine et permet d'avoir un point de vue élargi – Dominique Blais propose une adaptation de son œuvre intitulée de la lumière, le silence interrompu (2016), constituée d'un système d'éclairage artificiel sur lequel une interface électronique transmet un message crypté. 

Dans les faits, le dispositif lumineux visible par le public (de l'intérieur mais également depuis l'extérieur), se met à scintiller ponctuellement et subrepticement ; à cet instant, une phrase est transmise en code morse. L'artiste fait ainsi ressurgir le dernier message émis par la marine française le 31 janvier 1997 avant l'abandon du code morse :

“Calling all. This is our last cry before our eternal silence.”

Entretien de Dominique Blais, par MJ Hoffner

  • Ton travail est assez polymorphe, tu utilises de nombreux médiums, avec une prédilection pour le son et, plus largement, les flux. Comment définirais-tu ta pratique ?

Ma démarche est contextuelle. Lieu, temporalité, moyens techniques et financiers, dimensions lumineuse et phonique sont les éléments qui, pris de manière isolée ou globale, me permettent de concevoir une proposition artistique. Celle-ci peut partir d’une pièce existante que je vais pouvoir rejouer en fonction des paramètres précités, ou constituer une nouvelle production.

  • C’est important pour Mirador d’inviter des artistes qui aiment travailler in situ, qui utilisent le contexte pour nourrir le travail. Comment t’es-tu saisi de cet espace, très petit et pourtant très ouvert ?

La situation et la configuration du lieu d’exposition, ainsi que son nom, ont constitué les bases de mon intervention. Espace exigu qui se déploie de manière symétrique autour de la fenêtre centrale, il donne à voir une image verticale du paysage urbain environnant.

Alors qu’il vient tout juste d’être réhabilité pour accueillir des projets artistiques (et donc dépourvu du passif qui aurait pu influencer mon imaginaire), j’ai souhaité conservé l’espace immaculé, dénué d’objet – à l’exception d’un luminaire – pour privilégier l’interface vitrée. La pièce est visible de l’intérieur comme de l’extérieur.

  • Le point de vue est-il central pour cette proposition ?

Il n’est pas central mais constitue en quelque sorte le point de départ de ma réflexion, à cheval entre le mirador et le phare.

  • La pièce a déjà été montrée dans d’autres circonstances, quelles étaient-elles ?

Je l’ai créée en 2016 à l’occasion du Off de la Biennale de Rennes, au Grand Cordel, sur une invitation de Ekaterina Schcherbakova et Julija Cistiakova. L’installation était discrètement déployée au travers de plusieurs lampadaires disséminés dans les espaces de vie de la MJC et sur lesquels un message crypté était adressé régulièrement.

  • Peut-on imaginer une réponse à ce message quelque peu funèbre ?

Ni la forme, ni le contenu de celui-ci n’appellent véritablement une réponse. La pièce joue sur la résurgence et, en l’occurrence ici, la répétition, du dernier message envoyé en morse par la marine française en 1997. Message annonçant précisément la fin de son recours à ce type de communication cryptée, et avec, un silence à venir. Cela fait écho à certaines de mes pièces antérieures qui évoquent le silence et/ou sont silencieuses, ainsi qu’à une exposition personnelle présentée en 2010 au Parvis à Tarbes intitulée « Aposiopesis » — un terme grec dont la signification résume parfaitement le message et la situation mis en abîme à travers l’œuvre présentée à Mirador : ce qui précède immédiatement un silence.