Olivier Nottellet
Gâchette
du 9 février au 17 mars 2019
Dessinateur et peintre, Olivier Nottellet, transforme ses carnets en installations parfois monumentales, qui utilisent aussi bien la peinture que des objets manufacturés.
Sa méthode s’inspire du montage cinématographique pour livrer un univers singulier, parfois habité de silhouettes masculines et bureaucratiques. Il s’attache à transformer et à questionner les espaces qu’on lui confie, privilégiant les hypothèses de récits et la multiplication des points de vue.
Il expose régulièrement en France et à l’étranger, il enseigne dessin et peinture à l’ENSBA de Lyon où il vit. Il est représenté par la galerie Odile Ouizeman à Paris.
Entretien Mirador février 2019 - Marie Jeanne Hoffner & Olivier Nottellet.
Ton travail explore d’une certaine façon les espaces donnés et rentre en dialogue avec les lieux, créant des sortes de scénarios plus ou moins abstraits, parfois absurdes. Ta pratique se déploie t-elle sur plusieurs médiums ?
O.N.: En fait la question ne se pose pas en termes de médiums, même si le dessin reste mon premier moyen d’expression, c’est surtout une question de montage, comme au cinéma. Les assemblages que j’opère peuvent avoir recours à toutes sortes de médiums, qu’importe leurs natures : objets, peinture, vidéo, du moment que c’est juste.
Comment as tu abordé MIRADOR, ce micro lieu qui oscille entre paysage extérieur et intérieur domestique ?
O.N.: J’ai essayé comme toujours d’analyser la spécificité de cet espace : situé juste en face de la porte d’entrée de l’appartement, il offre une plongée directe vers l’extérieur, c’est comme un seuil qui nous dérobe l’arrivée dans la maison.
On est tout de suite dans un entre deux, quasi abstrait, parce que le paysage extérieur qu’il nous propose est aussi figé, dans le cadrage parfait d’une fenêtre, qui impose son rapport au ciel et à la lumière, ce qui par ailleurs caractérise tout le reste de l’appartement.
Ce vocabulaire de signes, de couleurs et de référents, que tu déploies depuis plusieurs années, comment a t-il évolué ? s’est-il enrichi ?
O.N.: En fait, c’est un système de signes qui bouge avec moi, qui s’actualise sur la base de mes humeurs, de mes envies, de mes expériences, alors oui il évolue. Des choses y rentrent puis en sortent, puis reviennent. C’est comme un langage, tout à coup parce qu’on va rencontrer un type de communauté, ou qu’on va changer de langue, on utilise des mots différents. Par exemple, ici, les oiseaux avaient un peu disparus de mes dessins et puis maintenant lorsque je me réveille tôt le matin, je me rends bien compte qu’ils sont moins nombreux, alors ça me redonne envie de les avoir dans mon champs de vision.
La mise en oeuvre du point de vue répond parfaitement au lieu. Comment l'as tu pensé ? Est ce un objet ou une peinture murale ? entre percées et projections, on peux y percevoir une volonté de déconstruire l’espace des murs. Peux tu décrire ta proposition pour Mirador?
O.N.: J’ai pensé à une image entre deux oreilles, une scène tranchée, découpée entre des focus marqués, comme cette gâchette démesurée et partielle, cet oiseau figé, cette branche coupée nette, et puis ces deux points de ponctuation qui annoncent une suite… Les choses sont aux murs prêtes à agir, suspendues à la présence de celui ou celle qui viendra. Le jaune construit une géométrie en diagonales dynamiques, comme si on était piégé par l’impossibilité de tout saisir en même temps, face à cette fenêtre qui offre sa superbe échappée au travers de ses structures fortes…En fait c’est une prison dorée qui retient les possibilités de s’en échapper.